Halloween au Japon

 

Le 31 octobre prochain, nous serons nombreux à célébrer Halloween. Cette fête d’origine celtique a depuis longtemps traversé les frontières et les rites ancestraux ont laissé place à une grande fête commerciale.

Halloween_dead-schoolgirls-cosplay_japon

Dead Schoolgirls in Japan

 

Les origines d’Halloween

Dans le calendrier celtique, le 31 octobre, on fêtait Samain : la fin des récoltes et le début de la nouvelle année. On allumait alors d’immenses brasiers qui donnaient lieu à de joyeuses réunions familiales.
Cette nuit-là, on supposait que les esprits pouvaient faire une brève visite à leurs parents. On croyait également que le dieu des morts rassemblait les âmes des défunts de l’année afin de leur révéler leur sort.
Au cours de cette première nuit de la nouvelle année, on exécutait tout un cérémonial rigoureux pour s’assurer d’une bonne année à venir. Ainsi, les druides étouffaient solennellement le feu sacré de l’autel puis frottaient des branches sèches de chêne sacré jusqu’à enflammer un nouveau feu pour honorer le dieu du soleil et effrayer les esprits diaboliques. Chaque chef de famille recevait ensuite de la braise rouge recueillie dans ce feu pour en allumer un nouveau dans son âtre. Ce feu sacré devait protéger le foyer du danger jusqu’à l’automne suivant.

Halloween_Celtic-Origins-Samhain

Fête de Samain ©Frederick Morvan

 

Au milieu du 19ème siècle, les Irlandais immigrant aux États-Unis emportent avec eux cette tradition ainsi que les légendes et le folklore attachés à Halloween. Samain devient « All Hallow’s Eve » (veille de la Toussaint) puis Halloween.

 

Halloween aujourd’hui

De nos jours, Halloween est une occasion de divertissement, surtout pour les enfants.

Véritable fête nationale aux États-Unis (de nombreux commerçants font d’ailleurs plus d’affaires à Halloween qu’à Noël !), les petits Américains se préparent pendant tout le mois d’octobre (décoration de la maison, création des déguisements, etc.). Le jour venu, ils se déguisent en sorcières, en fantômes ou en squelettes et vont de maison en maison réclamer un petit cadeau (généralement des bonbons qu’ils récoltent dans une taie d’oreiller) sous menace de malédiction en cas de refus ! C’est la célèbre coutume du « trick or treat » (« un bonbon ou un sort »).
Des rumeurs persistantes, selon lesquelles des gens introduiraient du poison ou des objets dangereux (lames, aiguilles) dans les bonbons, circulent chaque année aux États-Unis. Aussi, des consignes de sécurité élémentaires sont régulièrement rappelées : ne faire la collecte qu’en groupe et accompagné d’un adulte pour les plus jeunes, ne jamais entrer chez des inconnus, ne pas consommer les friandises non emballées, attendre d’être chez soi pour les trier, et enfin être visible pour circuler dans la pénombre. Certains postes de police organisent même une inspection gratuite des friandises !

 

Autre symbole de cette fête, les fameuses citrouilles taillées en forme de lanternes : les célèbres Jack-o’-lantern. A l’origine, en Irlande, il s’agissait d’énormes pommes de terre, de rutabagas et de navets creusés et sculptés en forme de têtes affreuses.

Halloween_Traditional-Irish_Jack-o-lantern

Jack-o’-lantern traditionnel en navet (Museum of Country Life, Irlande) ©Rannpháirtí anaithnid

 

Le nom de Jack-o’-lantern aurait pour origine un conte irlandais.
Jack était un ivrogne patenté et avare. Un soir, dans son pub, le diable apparaît pour lui demander son âme. Habilement, Jack le persuade de boire avec lui avant qu’ils ne partent ensemble. Pour payer son verre, le diable se transforme en pièce de six pence, que Jack saisit immédiatement. Il la met dans son sac qui a une serrure en forme de croix, empêchant ainsi le diable de partir. Finalement, Jack décide de libérer le diable à condition qu’il le laisse tranquille une année de plus. Douze mois plus tard, Jack fait une autre farce au diable en le laissant en bas d’un arbre avec la promesse qu’il ne le poursuivrait plus. Jack finit par mourir. Chassé du Paradis, par transgression et de l’Enfer, à cause de ses farces, il marchande avec le diable pour obtenir du charbon brûlant afin d’éclairer son chemin dans le noir. Il vide alors un gros navet et met la braise à l’intérieur. Il fut ainsi condamné à marcher avec sa lanterne jusqu’au jour du Jugement dernier.

 

Cette fête est célébrée dans plusieurs pays. En Europe, elle est bien sûr très populaire en Irlande, en Écosse et en Angleterre. En France, cette tradition est perpétuée depuis plusieurs siècles en Bretagne et en Lorraine, bien avant son retour « à la mode » à la fin années 90. En Belgique, Halloween est fêtée depuis le début des années 90. En Suisse, cette tradition est toujours bien vivante ; elle correspond à l’ancienne fête de Räbeliechtli. Chaque 2ème samedi de novembre, les gens défilent avec des raves [1] creusées et éclairées par une bougie placée à l’intérieur.

Sur le continent américain, Halloween est très répandue au Canada et dans les Caraïbes, aux Antilles britanniques.

Plus étonnant, à l’île Maurice, quelques enfants quêtent des friandises mais cette fête n’est pas encore entrée dans les mœurs du pays. Au Maroc, même si Halloween est peu célébrée, sa popularité augmente. On voit ainsi des citrouilles dans certains quartiers, des enfants déguisés et des adultes qui organisent des soirées.

 

Halloween au Japon

Au Japon, cette célébration n’a pas de valeur culturelle [2] : il s’agit d’une « fête marketing importée », au même titre que Noël ou la Saint-Valentin, mais au royaume du cosplay, cette fête où il faut se déguiser fait fureur !

En effet, Halloween s’impose de plus en plus chaque année au Japon. Tout commence dès la fin septembre. Les Japonais sont incités à acheter des décorations et autres produits à l’effigie d’Halloween, en particulier dans les boutiques « fourre-tout » comme les 100-yen shops (hyaku-en shoppu) [3]. Les entreprises de confiseries et de costumes ont ainsi trouvé l’événement idéal pour augmenter leurs ventes durant l’automne.

Contrairement à la tradition anglo-saxonne originale, cette version japonaise ne concerne absolument pas les enfants ! Seuls les adultes nippons jouent le jeu. En effet, il est rare de voir passer des enfants de maison en maison pour réclamer des friandises. En revanche, des défilés ont lieu. Un des plus importants est celui de Kawasaki. Il a attiré pas moins de 2 500 personnes en 2014.

À Roppongi et Ikebukuro (Tokyo), une parade est organisée dès le milieu de matinée.

La plupart des boîtes de nuit proposent également des soirées déguisées ou à thème le 31 octobre.

L’arrondissement de Shibuya est particulièrement représentatif de l’ampleur que prend cette fête au Japon. En effet, des milliers de fêtards se rassemblent dans les rues, ce qui donne lieu à une joyeuse bousculade ! En 2014, les 200 policiers anti-émeutes mobilisés pour l’occasion ont été débordés par une foule que l’on voit habituellement à la Saint-Sylvestre ou lorsque le Japon joue un match de football important et que celui-ci est retransmis dans les bars. Les trottoirs étaient tellement encombrés qu’il était quasiment impossible de bouger ! Cependant, la police a indiqué qu’aucun blessé n’était à déplorer !

Halloween_2014_Shibuya-Tokyo-Japon

Halloween 2014 à Shibuya (Tokyo, Japon) ©velu2200

 

Quant aux costumes, les plus populaires, notamment auprès des jeunes japonaises, sont ceux ayant une connotation kawaii ou sexy. Ceux issus des animes, comme Ghibli, ont également beaucoup de succès.

 

La cuisine n’est pas en reste et se met également aux couleurs d’Halloween : on trouve pour l’occasion des bentō Halloween !

 

En 2015, Nissan participe à la fête en lançant une petite flotte de taxis aux couleurs d’Halloween et conduits par des monstres ! L’événement « Ride on Halloween » met en vedette 3 véhicules. L’un est orange et décoré en Jack-o’-lantern, un autre est en vert et violet à l’effigie de Frankenstein et le dernier est de la couleur de la momie, brun pâle. Ils transportent gratuitement les passagers déguisés les 29 et 31 octobre dans l’arrondissement de Shibuya.

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Flotte de taxis « Halloween » au Japon

 

En marge de ces festivités, il existe une autre « coutume » (plutôt idiote, il faut bien le dire !) des gaijins (étrangers vivant au Japon). Ces derniers se rassemblent dans le métro, sur la ligne Yamanote [4], et se livrent à un immense chahut. En effet, les maîtres-mots sont déguisement, danse, chants entonnés à tue-tête et alcool… Un comportement bien éloigné des règles de politesse en vigueur dans le métro japonais et de la vision japonaise d’Halloween : se costumer et faire la fête sans troubler l’ordre public. Suite à de nombreuses dégradations, les nationalistes japonais ont décidé de monter la garde le soir du 31 octobre d’où un important déploiement de forces de police pour protéger les gaijins des nationalistes.

 

 

 

[1] Rave : terme générique pour désigner certaines plantes potagères cultivées pour leur racine, telles navet, betterave, brocolis, céleri, chou.

[2] Le Japon a sa fête traditionnelle des morts : le O-Bon (お盆). C’est l’occasion de visiter les sépultures des défunts et y déposer des offrandes ou des fleurs. Cette fête se déroule du 13 au 15 août.

[3] Magasin où tous les articles sont à… 100 ¥ ! (0,75 €).

[4] Ligne circulaire desservant les principaux quartiers du centre de Tokyo, elle est l’une des plus chargées de la capitale.

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