La Capitulation du Japon

 

Le 2 septembre 1945, sur le pont de l’USS Missouri ancré en baie de Tokyo, le Japon signe son acte de capitulation qui met un terme définitif à la Seconde Guerre mondiale.

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Le général Yoshijirō Umezu signe la capitulation devant le général Douglas MacArthur

 

Tout commence à Pearl Harbor, le matin du 7 décembre 1941. Cette attaque pousse les États-Unis, neutres jusqu’ici, à s’impliquer militairement dans le conflit [1]. C’est le début de la Guerre du Pacifique, parfois surnommée « L’Enfer du Pacifique ».
Un déluge de feu s’abat alors sur les îles Salomon, la Nouvelle-Guinée ou les Philippines. Les batailles les plus connues portent le nom de Guadalcanal (première opération américaine, immortalisée par Terrence Malick dans The Thin Red Line), Midway (le tournant du conflit), Iwo Jima (narrée dans le diptyque de Clint Eastwood), Peleliu (assaut meurtrier qui se révéla inutile) ou encore Okinawa (la plus grande et la plus sanglante des opérations du Pacifique) [2].
Si l’on omet la guerre Sino-japonaise, débutée en 1937, le Pacifique voit la mort de plus de 2 millions de soldats (400 000 côté Alliés, 1 750 000 côté Axe) et d’environ 9 millions de civils (8 millions côté Alliés, 1 million côté Axe) [3].

 

 

Le 6 août 1945, à 08h16’02’’, Little Boy explose au-dessus d’Hiroshima.

Le 9 août 1945, à 11h01’47’’, Fat Man raye Nagasaki de la carte.

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Champignon nucléaire au-dessus de Nagasaki (9 août 1945)

 

Dans la nuit du 9 au 10 août, l’empereur Hirohito accepte la reddition sans conditions, et laisse son cabinet s’occuper de prendre contact avec les alliés.
Dans la nuit du 14 au 15 août échoue une tentative de coup d’état, connue sous le nom d’Incident de Kyūjō. Ils désiraient empêcher l’annonce officielle de la capitulation qui a lieu le 15 août à 12h00. Le peuple japonais entend alors pour la première fois la voix de son empereur, enregistrée quelques heures plus tôt par une équipe de la NHK. Ce discours connu sous le nom de Gyokuon-hōsō [4], évasif et prononcé dans un japonais archaïque utilisé uniquement à la cour impériale, demeura incompréhensible pour la majorité de la population. La radio nationale proposa ainsi, juste après, l’intervention d’un présentateur pour expliquer le sens du discours.
Au Japon, le 15 août est officiellement nommé Senbotsusha o tsuitō shi heiwa o kinen suru hi (« Jour pour le deuil des morts à la guerre et la prière pour la paix »), même si les habitants utilisent plutôt l’expression Shūsen-kinenbi (« Jour du souvenir pour la fin de la guerre »).

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Empereur Hirohito et Princess Kojun (14 janvier 1924)

 

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Déclaration de capitulation de Hirohito (impression)

 

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Enregistrement microsillon du discours de capitulation (Gyokuon-ban). Musée de la Télévision de la NHK

 

Quatre jours plus tard, des émissaires japonais s’envolent pour Manille (Philippines) afin d’y rencontrer Douglas MacArthur, qui doit les informer de ses plans d’occupation.
Il faut encore attendre le 28 août 1945 pour que la troisième flotte américaine pénètre dans la baie de Tokyo et que débute réellement l’occupation du Japon (l’USS Missouri débarque le 4e Régiment des Marines dans la préfecture de Kanagawa, au sud de Tokyo). Si les États-Unis se chargent de la majorité du territoire, l’URSS a elle investi les îles Kouriles depuis début août [5].
À son arrivée le 30 août, MacArthur décrète plusieurs lois visant à limiter les représailles du personnel allié à l’encontre du peuple japonais (notamment de manger leur nourriture alors que le pays souffre de famine). À l’inverse, il tend à réduire l’élan patriotique en réduisant la possibilité de faire flotter le drapeau (Hinomaru) aux personnes et administrations qui en font la demande [6].

La signature officielle des actes de capitulation a lieu le 2 septembre.

Le Japon est représenté par deux hommes :
– Le premier signataire est Mamoru Shigemitsu, ministre japonais des Affaires étrangères, et représentant du gouvernement civil. Il agit « sur l’ordre et au nom de l’Empereur du Japon et du gouvernement japonais ».
– Yoshijirō Umezu, chef d’état-major de l’armée impériale japonaise, agit pour le compte des militaires.

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Délégation japonaise à bord de l’USS Missouri (BB-63) avec, au premier plan, Shigemitsu (Ministre des Affaires étrangères) et le Général Umezu (Chef d’État-major)

 

Face à eux, les représentants des neuf nations qui leur avaient déclaré la guerre : États-Unis, Chine, Royaume-Uni, URSS, Australie, Canada, France (représentée par Philippe Leclerc de Hauteclocque), Pays-Bas et Nouvelle-Zélande.

La cérémonie dure exactement 23 minutes et est diffusée à travers le monde.

Il faut savoir qu’il existe deux versions de ce document historique, l’une destinée aux Alliés, l’autre au Japon. Si cette dernière s’avère moins jolie, elle comporte surtout une erreur totalement insolite : le canadien Cosgrave signa sous la ligne prévue à cet effet alors qu’il aurait dû le faire au-dessus [7], décalant ainsi les signatures de tous ses suivants. Pour corriger l’erreur, le Général Sutherland raya les titres imprimés et corrigea les mentions à la main (tous les autres dignitaires étant déjà partis). Découvrant cela, les Japonais refusèrent d’entériner le document jusqu’à ce que Sutherland paraphe chacune des corrections dont il était l’auteur.

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Lieutenant-Général Richard K. Sutherland, corrigeant le document de reddition japonais sous l’œil du Colonel Mashbir, du Ministre des Affaires étrangères Shigemitsu et de son assistant Kase

 

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Le Ministre des Affaires étrangères Shigemitsu signe l’acte de capitulation en compagnie de Kase, et sous le contrôle de Sutherland

 

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Capitulation – Document Japonais

 

Le document Allié est conservé aux Archives Nationales de Washington D.C. (National Archives Building). Celui du Japon se trouve au Musée d’Edo-Tokyo (Edo Tōkyō Hakubutsukan) à Tokyo, Sumida-ku.

 

Cependant demeure un épineux problème : celui des crimes de guerre.
L’armée nippone s’est en effet livrée à de nombreuses exactions dans les territoires occupés : meurtres de masse, tortures, pillages ; mais aussi esclavagisme, esclavagisme sexuel [8], attaques bactériologiques et chimiques, ou même cannibalisme, sans oublier les expérimentations humaines [9].
Lors de leur entrevue du 27 septembre 1945, l’Empereur Hirohito accepte d’endosser l’entière responsabilité de ces actes mais MacArthur refuse. Afin de faciliter l’occupation et l’application de réformes politiques, il souhaite s’appuyer sur l’institution impériale et l’image intacte dont bénéficie Hirohito. Officieusement, il prépare aussi la Guerre Froide avec l’URSS, et le Japon constitue un poste avancé pour le moins « intéressant ».

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MacArthur et Hirohito, Ambassade américaine (27 septembre 1945)

 

Ceci explique sans doute en partie pourquoi le Japon n’a jamais reconnu ses crimes de guerre, et pourquoi le révisionnisme est aussi présent sur l’archipel. Une vive tension existe en particulier avec la Corée du Sud et la Chine.

 

 

Au sortir de la guerre, la Japon est un pays exsangue, ravagé par les bombardements, en proie à la famine, et qui doit en plus rapatrier environ 6 millions d’exilés. De plus, les réparations de guerre destinées aux pays occupés s’élèvent à plus d’1 milliard de dollars de l’époque (ce qui correspond à l’évaluation des actifs japonais d’outre-mer).
MacArthur, surnommé « Vice-roi du Pacifique » est le véritable dirigeant du pays, et il entame de profondes réformes. La culture américaine, notamment par l’intermédiaire des G.I., imprègne la population.
À partir de 8 septembre 1951 et du traité de San Francisco (qui prend réellement effet le 28 avril 1952 [10]), le Japon retrouve sa souveraineté, même si des troupes américaines demeurent stationnées, notamment à Okinawa [11]. Il devient alors un précieux allié, en échange de quoi les États-Unis lui apportent une aide financière et matérielle substantielle, permettant de réaliser « le miracle économique ».

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Signature du traité de paix par le Premier Ministre Shigeru Yoshida

 

 

Épilogue

Quelques trainards (stragglers en anglais) poursuivirent la guerre durant de nombreuses années. La plupart refusaient de se rendre, notamment dans les petites îles du Pacifique, car ils estimaient soit que la déclaration de capitulation n’était qu’un instrument de propagande alliée, soit qu’elle allait à l’encontre de leur code d’honneur. Ils ont parfois rejoint des guérillas locales et ont été impliqués dans des mouvements de révolte.
On estime aussi que certains n’ont jamais été informés de la reddition de leur pays et qu’ils ignoraient tout de la situation géo-politique.

Le dernier résistant connu, Teruo Nakamura, est demeuré caché sur l’île de Morotai (Indonésie) jusqu’en décembre 1974. Hirō Onoda, découvert lui en mars 1974 sur l’île de Lubang (Philippines), était le dernier straggler vivant lorsqu’il décéda le 16 janvier 2014 à Tokyo.

 

 

 

[1] Les USA proposaient déjà un soutien logistique à ses alliés et avaient établi un embargo sur le Japon.

[2] Je recommande également la très bonne série The Pacific, de la chaîne HBO.

[3] En incluant la guerre Sino-japonaise, les chiffres montent à 6 millions de soldats et environ 26 millions de civils (notamment 17M en Chine, 4M en Indes orientales néerlandaises, 2M en Indochine, 1,5M en Indes britanniques, 0,5M aux Philippines).

[4] Littéralement « Voix radiodiffusée du Joyau ».

[5] Cet ensemble de 40 îles est d’ailleurs toujours l’objet d’un contentieux à l’heure actuelle. Si elles font partie du territoire russe, elles sont revendiquées par le Japon. De plus, un traité signé lors de la Conférence de la Paix en 1951, ne reconnaît la souveraineté d’aucun des deux pays. Plus d’informations sur le contentieux relatif aux îles Kouriles.

[6] Cette restriction sera définitivement levée en 1949.

[7] Ceci a été mis sur le compte de son œil rendu aveugle lors des combats de la Première Guerre mondiale.

[8] Les fameuses ianfu ou « femmes de réconfort ».

[9] Dont le représentant célèbre demeure l’Unité 731 (Nana-san-ichi butai) de Shirō Ishii. Basé à Pingfang en Mandchourie, elle avait officiellement en charge « la prévention des épidémies et la purification de l’eau ». En réalité, elle testait toutes sortes de maladies ou poisons, ainsi que la résistance du corps humain, sur des prisonniers de guerre (tous numérotés) ou des populations civiles.
Ses membres ne seront jamais inquiétés, Ishii ayant négocié leur immunité avec les Américains, en échange des résultats de ses recherches.
Il faudra attendre 2002 pour que le Japon reconnaisse l’existence de cette unité. Les bâtiments qui abritaient l’Unité 731 accueillent aujourd’hui un musée dédié aux crimes de guerre.

[10] La paix avec l’URSS est officiellement signée en 1956.

[11] L’île ne sera rendue au gouvernement nippon qu’en 1972. Aujourd’hui encore, les USA comptent pas moins de 12 bases au Japon, pour un total d’environ 40 000 hommes. Cela les place en deuxième position derrière l’Allemagne (~50 000) et devant la Corée du Sud (~25 000). [chiffres 2011].
Petit détail : lors du retrait du début des années 50, tout pays qui souhaitait maintenir des troupes au Japon devait en faire la demande aux USA.

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