Yahari Ore no Seishun Lovecome wa Machigatte Iru.

 

Une série mettant en scène un lycéen un peu marginal, deux filles qui gravitent autour… Un air de déjà vu c’est certain. Pourtant, Oregairu s’avère assez vite prenante car elle possède un charme propre notamment dû à un caractère très nippon, en ce sens où le fond est contenu dans les non-dits.

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Yahari Ore no Seishun Lovecome wa Machigatte Iru. (Oregairu) – Affiche

 

Adaptée des light novels de Wataru Watari, illustrés par Ponkan8 (11+3, série en cours)

Animation                  Brain’s Base (s01), Feel (s02)

Réalisation                 Ai Yoshimura (s01), Kei Oikawa (s02)

Scénario                      Shoutarou Suga

Chara design              Yuu Shindou (s01), Yuuichi Tanaka (s02)

Direction photo         Jin Tamura (s01), Yuuta Nakamura (s02)

Musique                       monaca (s01), Kakeru Ishihama (s01-02), Kuniyuki Takahashi (s02)

Doublage (seiyuu)
Hachiman Hikigaya Takuya Eguchi
Yui Yuigahama Nao Touyama
Yukino Yukinoshita Saori Hayama
Hina Ebina Nozomi Sasaki
Iroha Isshiki Ayane Sakura
Hayato Hayama Takashi Kondou
Komachi Hikigaya Aoi Yuuki
Shizuka Hiratsuka Ryouka Yuzuki
Saki Kawasaki Ami Koshimizu
Yumiko Miura Marina Inoue
Kaori Orimoto Haruka Tomatsu
Kakeru Tobe Chad Horii
Saika Totsuka Mikako Komatsu
Haruno Yukinoshita Mai Nakahara
Yoshiteru Zaimokuza Nobuyuki Hiyama

Saison 1 : Yahari Ore no Seishun Lovecome wa Machigatte Iru. (2013, 13 eps)
Saison 2 : Yahari Ore no Seishun Lovecome wa Machigatte Iru. Zoku (2015, 13 eps)
Saison 3 : à venir…

 

Hikigaya est un lycéen renfermé qui préfèrent être seul, et ses camarades le lui rendent bien. Sans amis (ce qui ne semble pas le déranger), il est poussé par l’une de ses enseignantes à rejoindre le club des volontaires, dont la mission consiste à venir en aide aux lycéens qui en font la demande. Il rencontre ainsi deux de ses camarades : la froide Yukinoshita et la joyeuse Yuigahama.

 

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Yukino Yukinoshita (chara design)

Yukino est une fille très jolie et très intelligente, mais aussi très franche dans ses propos, ce qui a tendance à l’isoler du reste de l’école, et notamment des autres filles qui pourtant l’admirent par certains côtés. Consciente de ses capacités, elle estime qu’il est de son devoir d’aider les plus faibles et que l’isolement constitue le fardeau des gens exceptionnel. Pas réellement vaniteuse, Yukinoshita n’est pas non plus le portrait classique de la tsundere car jamais elle ne s’énerve mais toujours conserve une attitude que les autres jugent hautaine. En réalité, il s’agit d’un masque qui la protège du monde extérieur mais lui donne aussi un air triste, même lorsqu’elle sourit.

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Yui Yuigahama (chara design)

À l’inverse, Yuigahama est une fille joyeuse, un peu étourdie, et dont la bonne humeur est communicative. Mais elle ne possède aucun talent qui lui permette de sortir du lot ; au contact de Yukino, elle fait même pâle figure (elle représente d’ailleurs ainsi l’ensemble de ses camarades qui se sentent toutes inférieures vis-à-vis de la « beauté froide »). Suiveuse plus que leader, son amitié est indéfectible et elle s’évertue à maintenir la cohésion de son entourage. Néanmoins, elle est une personne entière qui a parfois du mal à contenir ses sentiments ; ses failles sont plus visibles que chez d’autres.

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Hachiman Hikigaya (chara design)

Le garçon du trio, et accessoirement personnage central de l’histoire, est lui blasé de tout. Asocial bien que doué pour comprendre les gens, Hikigaya ne souhaite pas s’intégrer à quelque groupe et jouer la comédie de l’amitié. Il aime à répéter qu’il déteste les faux-semblants, ceux qui changent leur caractère pour paraître présentables, qu’il désire de vraies relations avec des gens sincères ; la réalité est qu’il a peur d’être déçu, blessé même, et c’est pour cette raison qu’il rejette toute amitié (d’autant qu’il a déjà connu par le passé des situations où il s’était imaginé des choses). Mais sa capacité à saisir les véritables pensées et sentiments des gens (cachés justement dans les non-dits) va l’impliquer dans de nombreuses situations, plus ou moins contre son gré (là encore se trouve le moteur de la série : il dit le faire par obligation, mais personne ne l’oblige à quoi que ce soit). Ses méthodes sont radicales : n’ayant pas d’amis, il n’hésite pas à dire la vérité en face, voire à agir en parfait crétin pour résoudre des problèmes. En aidant les autres, il s’isole toujours un peu plus.

 

Ces trois-là forment donc une équipe assez étrange et les débuts sont difficiles. Quelques scènes permettent des échanges savoureux entre Yukinon et Hikki, à coups de phrases assassines pleines de sous-entendus, Yuri se contentant de compter les points. Néanmoins, le jeune homme va peu à peu trouver ce qu’il cherche auprès d’elles : de l’authenticité (« Ore wa honmono ga hoshi ! »).
Sauf que…
La distance première va devenir amitié… Voire plus. Et à ce moment-là, la courbe s’inverse : chacun comprend ce qui se passe, mais ne peut l’exprimer ouvertement (peur du rejet, peur de briser une amitié, peur de la réaction des camarades aussi). Comme un cycle sans fin.

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Hikigaya, Yuigahama et Yukinoshita en voyage à Kyoto

 

Si la série est parfois drôle, ce n’est pas son argument premier. Si elle est parfois triste, ce n’est pas son ressort principal. Elle alterne passages joyeux sans être vraiment loufoques (les personnages ne changent pas de forme par exemple, le ecchi distribué à dose homéopathique) et passages tristes sans être dramatiques (personne ne va à l’hôpital ou ne décède).
L’atmosphère générale est crédible sans pour autant être réaliste. L’univers, bien que fantasmé [1], reste plausible et les situations pourraient survenir dans le monde réel. À noter que plus la série avance et plus elle devient « mature », dans tous les sens du terme, que ce soit au niveau de l’intrigue, du rire ou des larmes, mais aussi du graphisme.

Oregairu n’en est pas pour autant ch… pardon, soporifique ou barbante. Certes, il s’agit d’une œuvre bavarde, parfois même très bavarde. Mais déjà, les dialogues ont souvent un second niveau de lecture qu’il faut interpréter (et je vais y revenir). Ensuite, l’ambiance générale est prenante ; on s’attache aux personnages et on a envie de savoir ce qui va leur arriver. Personnages nombreux à être développés durant les deux (et bientôt 3) saisons.

Komachi, la sœur d’Hikki, est une adorable collégienne qui apparaît de manière épisodique. Et leur relation de frère et sœur est juste… normale (incroyable !). Pas de siscon/brocon/lolicon/situations ambiguës/etc… juste une petite frangine qui, à l’occasion, conseille son casanier de frère, elle qui est tout son inverse. Cependant, elle ne le prend pas de haut, et lorsqu’elle se moque de lui, c’est toujours avec bienveillance et pour le faire réagir. Tous deux sont soudés et sont toujours là l’un pour l’autre.

 

L’autre sœur de l’histoire est celle de Yukinon : Haruno. Plus âgée, plus ouverte, belle et intelligente, elle a le monde à ses pieds. Sous ses airs et ses discours agréables, c’est une garce sournoise qui prend plaisir à jouer avec les gens, allant jusqu’à les rabaisser ; surtout, elle semble avoir fait de sa cadette sa victime préférée. Pourtant, difficile de croire qu’elle a juste mauvais fond. Pourquoi traîne-t-elle toujours dans les parages pour balancer ses petites phrases ? Pourquoi est-elle toujours seule ? Pourquoi s’intéresse-t-elle autant à Hikigaya bien qu’il soit évident que tous deux ne s’apprécient pas ?

 

Beau gosse du lycée Sobu, Hayato Hayama constitue la cible privilégiée de la gente féminine. Aimable et bien éduqué, il sait se comporter de manière à satisfaire tout son entourage. Véritable antithèse d’Hikki, avec qui il développe une étrange relation d’attraction/répulsion, Hayato est surtout un ami d’enfance de Yukinon. Bien qu’ils aient peu de contacts, tous deux sont promis l’un à l’autre par leurs familles respectives, sans que l’on sache bien si cela les satisfait (aucun ne s’exprime jamais à ce sujet).

 

Iroha Isshiki n’apparaît qu’en seconde saison mais prend immédiatement une place importante. Sorte d’Idol du lycée, tout chez elle est dans le paraître et la jeune fille représente tout ce que déteste Hikki. Pourtant, il va lui venir en aide, « par obligation » et le temps passé avec elle fera grandir la distance qui le sépare alors de Yukinon et Yui. Et là encore, le jeune homme va découvrir, par petites touches, la véritable personnalité de Iroha.

 

La série compte bien d’autres personnages secondaires qui vont et viennent au gré des histoires, comme Hina Ebina, qui ne souhaite pas avoir de petit ami mais ne sais pas comment le dire, comme s’il s’agissait d’un secret honteux ; ou bien Yumiko Miura, meneuse et fille de caractère, pourtant incapable d’avouer ses sentiments à Hayato qu’elle côtoie en permanence.
Je vais m’arrêter là pour éviter de parler de tous les personnages. Mais on note encore et toujours ce thème du non-dit.

 

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Yahari Ore no Seishun Lovecome wa Machigatte Iru. (Oregairu) – Bannière « Thansk for watching » ©Io Naomichi

 

Ce qui permet à Oregairu de sortir du lot, c’est justement ce que les personnages n’expriment pas oralement mais que l’on peut déduire de leurs paroles et de leurs comportements. À l’image de la société nippone, il est mal vu d’exprimer ses sentiments, quels qu’ils soient : on remercie une personne que l’on souhaiterait insulter, on refuse alors qu’on voudrait accepter, on ne déclare ni son amour ni sa haine… Ainsi, les lycéens s’expriment par paraphrases, laissent sous-entendre des choses, voire nient des évidences. Et paradoxalement, plus ils sont considérés comme « intelligents » et plus ils cachent leurs désirs (Hikigaya, Yukinoshita, Hayama) ; à l’inverse, les moins « doués » s’expriment plus volontiers, quoique dans une sphère privée et restreinte (Yuigahama, Tobe, Isshiki).
La raison principale est à chercher dans le jugement des autres. Les moqueries (surtout à cet âge-là) se tiennent toujours prêtes à surgir de leur boîte. Les autres ont tôt fait de railler celui qui échoue, alors qu’eux-mêmes n’ont pas le courage de suivre leurs désirs. Ainsi, chacun hésite à s’exposer, de peur des retombées. Il nie ce qu’il est, reste à la place qui doit être la sienne et se cache derrière le masque de la respectabilité et de la bienséance ; il devient « faux », pour faire écho au besoin d’authenticité de Hikki. Cela existe à peu près partout, mais cela est encore plus imprégné dans la culture japonaise où se faire remarquer est assez mal vu.
On peut ajouter à cela la peur du rejet (que ce soit en amour, en amitié ou en société de manière générale), et donc de l’échec. Là encore, le sens de l’honneur, profondément ancré dans cette société d’Extrême-Orient, exacerbe cette peur.

 

Le téléspectateur se voit donc contraint de travailler s’il veut saisir toute l’essence des propos. Il doit isoler dans de longues tirades la pensée véritable du personnage, si cela est possible. Car certains, comme le populaire Hayama par exemple, ne sait lui-même pas ce qu’il désire. Il faut suivre les tours et détours de la conversation, lire entre les lignes, interpréter les phrases à l’inverse.
La qualité du scénario et de l’animation, surtout au niveau des visages extrêmement expressifs, rendent cela possible car jamais nous n’avons l’impression d’inventer des théories farfelues ; les éléments sont là, il faut juste les trouver.
Cela peut paraître complexe de prime abord, mais en vérité, le spectateur se retrouve lui-même à la place des personnages à devoir décrypter les propos des autres. Et, à condition d’aimer cela, l’exercice se révèle passionnant. Parce qu’il s’agit d’une sorte de jeu (où l’on peut se tromper !) mais aussi parce que si l’on en a peu l’habitude dans les séries, chacun de nous le fait constamment dans la vie de tous les jours (même si les Japonais sont des champions, nous autres Latins savons aussi manier litote ou ironie pour dissimuler la véritable teneur de nos propos). On en vient même peu à peu à chercher un sens à des choses qui n’en ont peut-être pas.
Par exemple, en saison 2, Iroha ne cesse de mettre des râteaux à Hikki, alors que celui-ci n’a jamais fait aucune déclaration à son encontre. C’est amusant et cela devient même un running-gag. Sauf qu’en parallèle la jeune fille lui demande de plus en plus souvent son aide et lui fait des remarques faussement choquées sur le fait qu’il préfère les filles plus jeunes, le spectateur se demande s’il n’y a pas anguille sous roche. Et le fait qu’elle se déclare à un autre garçon n’y change rien. Les auteurs brouillent ainsi les pistes constamment et nous amènent à nous interroger sur tout ce qui se passe sous nos yeux [2].
Un petit guide nous permet tout de même de nous orienter : la voice-over d’Hikki. Nous découvrons ses pensées même si cela ne sert parfois qu’à l’effet comique (mais toujours cela participe de la construction du personnage). Mais nous assistons aussi à ses réflexions, qui amènent des éléments de compréhension de l’histoire. Cependant, le procédé serait un peu trop facile s’il était infaillible. Car même dans ce cas-là, alors que nous sommes dans sa tête, certaines choses ne sont pas dites franco car, comme il le dit, il lui arrive parfois de se mentir à lui-même.

 

 

À ce stade, certains pourraient être rebutés par le fait que la série ne parle que d’histoires d’amour et soit globalement un peu niaise. Or ce n’est pas le cas. Les situations et comportements sont très justes et il n’est pas question que de cela, même si le thème des sentiments amoureux occupe une grande place. D’une part sans doute parce que les personnages sont à un âge où cela commence à prendre de l’importance ; peut-être aussi parce que c’est ce type de relation entre les personnes qui est le plus complexe à appréhender (que ce soit en fiction ou dans la vie réelle).

 

 

Oregairu est, de manière générale, une série mélancolique. Elle s’interroge sur le comportement et la psychologie des gens, surtout à l’adolescence. Si elle reflète la société nippone, les idées qui y sont développées peuvent s’appliquer à bien d’autres cultures.
Servie par une mise en scène superbe à tous les niveaux, Yahari Ore no Seishun Lovecome wa Machigatte Iru. s’impose comme un incontournable de l’animation japonaise [3].

 

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Yukinoshita, Yuigahama et Hikigaya – Photo de « famille »

 

 

Cadeau Bonux

Pour vous récompenser d’avoir survécu à mon interminable prose, voici de très jolis latte arts réalisés par l’équipe du Belcorno [4] :

 

 

Yahari Ore no Seishun Lovecome wa Machigatte Iru. signifie « Ma comédie romantique adolescente est merdique/naze, comme prévu », propos assez bien retranscrit dans le titre français : « My Teen Romantic Comedy SNAFU » [5]. On notera la présence du pronom personnel Ore, qui situe la phrase dans un langage familier, voire un peu vulgaire.

 

Un Wiki assez complet sur la série (anglais) : http://yahari.wikia.com/wiki/Main_Page

 

 

 

[1] Je veux dire par là que le lycée proposé, comme souvent dans les arts japonais, est assez éloigné de la réalité. Il y a des conflits, mais ils ne sont jamais très graves (ils ne se battent pas ou ne changent pas d’école) ; les gens sont tristes, mais finissent par retrouver le sourire (ils ne se suicident pas) ; les gens mis à l’écart finissent par se faire des amis (ils ne sont pas persécutés) ; la scolarité ne semble pas si complexe (les élèves ne passent pas jours et nuits à préparer des concours) ; etc… Au bout du compte, tout le monde est beau et gentil, même les vilains.

[2] Le site (anglophone) Anime-evo propose d’ailleurs une analyse de fin de saison 2 (à ne lire donc que si vous avez vu l’ensemble des épisodes !). Je recommande particulièrement les commentaires, assez intéressants, et qui montrent bien que toutes les hypothèses sont possibles et que les informations sont savamment distillées par les scénaristes.

[3] Même si vous l’aurez compris, je me permets de préciser ici que je n’ai pas lu les light novels. Néanmoins, je m’interroge sur la capacité de ces romans à développer aussi bien le thème que ne le fait la série animée, où beaucoup de choses passent par les visages.

[4] Belcorno est un restaurant napolitain situé à Ichinomiya (près de Nagoya, Aichi) et réputé justement pour ses décorations culinaires. Vous pouvez voir nombre de leurs productions et les suivre sur Twitter.

[5] Qui est le titre international. Le terme SNAFU est un acronyme d’origine militaire mais passé dans le langage courant. Il signifie « Situation Normal : All Fuck Up », soit « situation normale : c’est la merde ».

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