Nihongo 01 – Les Kanji

 

Le premier « système » de la langue japonaise est constitué par les kanji, ces idéogrammes issus du chinois.

Les kanji ont vraisemblablement fait leur apparition sur l’archipel au 4e siècle. Les premiers documents rédigés sont probablement l’œuvre d’émissaires bilingues chinois ou coréens.
À l’époque, le japonais est essentiellement oral et être lettré signifiait être capable de lire et écrire le chinois classique.

Il existe environ 50 000 kanji, mais seuls 3 000 sont d’usage courant. De plus, 1 945 sont dits « d’usage commun » (jōyō kanji) et peuvent être utilisés dans la presse.

La lecture et l’écriture des idéogrammes est chose complexe et des erreurs peuvent vite apparaître pour peu que vous ayez oublié de tracer un trait ou mal interprété l’ordre des signes. Sans parler de la confusion qui peut exister entre les différents signes.
Comme si cela n’était pas déjà assez compliqué, la langue japonaise présente une difficulté supplémentaire : les kanji peuvent en effet être lus de deux manières différentes.

Lorsque les Nippons adoptèrent les caractères chinois pour transcrire leur propre langue, deux cas de figure apparurent :
– si le concept associé au caractère n’existait pas en japonais, on le prononçait à la chinoise, en « on » (on’yomi, lecture par le son)
– si le concept existait, on utilisait le son du mot japonais, en « kun » (kun’yomi, lecture par le sens)

Un exemple sera plus parlant.

人 désigne de manière générale un être humain.
En on’yomi, il se prononce « jin » comme dans jinmei (nom propre), fujin (femme, dame) ou gaijin (étranger). Mais aussi parfois « nin » comme dans shōnin (marchand), byōnin (malade) ou ninki (populaire).
En kun’yomi, cela se complique encore : si on le prononce souvent « hito », on compte pas moins de huit lectures différentes.

La principale difficulté réside dans le fait qu’il n’y pas vraiment de règle établie et que c’est surtout l’usage qui permet de savoir s’il faut utiliser la prononciation on ou kun [1]. De plus, le contexte et le niveau de langage sont également à prendre en compte. Enfin, les kanji ont été importés à différentes périodes de l’histoire, leur conférant plusieurs lectures on.

Vous avez tous certainement entendu parler du sacrifice rituel visant à échapper au déshonneur ?
Celui-ci est surtout connu chez nous sous le nom de hara-kiri (腹切) mais on le nomme aussi seppuku (切腹). Si vous faites attention, vous remarquerez que ce sont les mêmes kanji, utilisés dans un ordre différent. 切 signifie « couper » et peut se lire setsu (on) ou kiri (kun) ; 腹 signifie « ventre » et peut être lu fuku (on) ou hara (kun) [2].
Peut-on alors utiliser indifféremment les deux termes ?
Eh bien, non !
Traditionnellement (et comme nous l’avons vu au début), les documents officiels étaient rédigés en chinois, tandis qu’on parlait le japonais. Ainsi, seppuku (on’yomi) est un terme écrit, tandis que hara-kiri (kun’yomi) est un terme oral.

Compliqué, n’est-ce pas ?

Vous comprenez désormais pourquoi les élèves nippons ont autant de mal à appréhender ce système d’écriture, pourquoi les light novels disposent d’un double texte en phonétique [3] et pourquoi dans les animes les personnages commettent souvent des erreurs qui prêtent à confusion ou à mauvaise interprétation.

 

Pour le plaisir, comptons ensemble :

kanji on’yomi kun’yomi
0 zéro rei
1 Un ichi hito
2 Deux ni futa
3 trois san mi
4 quatre shi yon/yo
5 cinq go itsu
6 six roku mui/mu
7 sept shichi nana
8 huit hachi yoo/ya
9 neuf kyū/ku kokono
10 dix

Si vous avez l’habitude de regarder des animes ou des films (et que vous faites un peu attention à la langue), vous aurez peut-être remarqué que les japonais comptent plutôt en on’yomi mais n’hésitent pas à mélanger les deux. Un-deux-trois se dit toujours ichi-ni-san, tandis que sept se dit plutôt nana. Par contre, « deux personnes » se dira futari.

 

Une petite anecdote amusante pour finir.
Les Japonais n’utilisent pas le kanji 一 pour écrire le chiffre 1 sur les chèques ou les billets mais le kanji 壱.
La raison ?
Éviter qu’un petit malin ne transforme ce 一 (1) en 二 (2) ou 三 (3) !

 

 

 

[1] Il existe néanmoins des « normes » qui marchent dans de nombreux cas et qui permettent tout de même de s’aiguiller. Si le kanji est « isolé » dans la phrase, il se prononcera généralement en kun’yomi ; s’ils sont « en groupe », ce sera plutôt on’yomi. De même, les noms propres se lisent presque toujours en kun’yomi (à la japonaise).

[2] Pour ceux qui ignoreraient la « pratique », elle consiste à s’ouvrir le ventre de manière transversale à l’aide d’une lame. Il existe une version moins noble qui permet à un ami de décapiter le supplicié, abrégeant ainsi ses souffrances.

[3] Les light novels sont des romans pour adolescents, en général assez courts et illustrés. Afin d’aider la lecture, les kanji sont surmontés de petits caractères phonétiques (furigana) permettant d’appréhender la prononciation des caractères chinois.

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4 réflexions sur “Nihongo 01 – Les Kanji

  1. Salut excuse moi, mais, tu écris vachement bien, tu ne serais pas une professionnel d’un métier touchant à l’écriture ?

    Je rajouterais juste un petit truc, 7, se dit « nana » car « shi » est également la prononciation de « la mort », par superstition les japonais préfèrent donc utiliser « nana ».

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    • Il me semble que tu confonds avec le « 4 » qui symbolise en effet la mort (raison pour laquelle les immeubles nippons ne possèdent pas de 4e étage, de la même manière que les américains n’ont pas de 13e).

      Et non, je en suis pas un professionnel de l’écriture. Mais je te remercie du compliment. 😉

      J'aime

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