Hercule – Le Sang de Némée (T.1)

 

Hercule est un puissant MerK. Mi-homme, mi-extraterrestre grâce aux greffes cellulaires, il n’a pas peur de la mort. Une part de lui est déjà morte : hanté par le crime commis sur sa femme et ses enfants, il doit expier en acceptant les ordres, même les plus fous, des Officiers. Hercule n’a pas le choix, il doit traquer des extraterrestres se crashant sur des planètes colonisées par des humains. ©Soleil

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Hercule (T.1) – Couverture

 

Scénario :        Jean-David Morvan
Dessin :           Looky (Vivien Chauvet) & Olivier Thill
Éditeur :          Soleil – coll. Science-Fiction
Format :          2 (en cours – 12 prévus)

 

Cette BD s’inscrit résolument dans un univers de science-fiction, et même plus précisément dans la catégorie space-opera. Les personnes rebutées par le genre peuvent de suite passer leur chemin. Car si le héros possède une musculature impressionnante, un casque corinthien surmonté d’une crête et un kopis à lame recourbée, il voyage à bord de vaisseaux spatiaux, use d’armes à feux et croise extraterrestres et machines intelligentes. Pourtant, Hercule ne constitue pas un simple délire d’auteur mais une œuvre à part entière avec ses qualités et ses défauts.

Le graphisme en premier lieu est assez particulier, mélange d’imagerie informatique et de dessin traditionnel [1]. Cela donne une image très précise, très détaillée, surtout au niveau des visages. Les effets de lumière sont bien réalisés. Pourtant, le choix des plans donne par moments une impression brouillonne, où l’on ne comprend pas forcément tout de suite ce qui se passe ; si cela peut gêner, cela contribue aussi à l’ambiance de la BD qui laisse la part belle à l’action et met en scène des personnages torturés (à commencer par le premier rôle).

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Hercule (T.1) – Planche 1

Contrairement à ce qu’on pourrait craindre, le scénario suit assez bien le mythe original et ses personnages, comme on le verra plus bas. On pourra néanmoins regretter que l’intrigue avance par bonds et que chaque séquence soit un peu « expédiée » ; mais cela est aussi dû à la limite imposée des 48 pages et il n’est pas évident de savoir s’il aurait été possible de faire beaucoup mieux en si peu de temps (présenter le héros, sa malédiction, la raison des travaux puis le 1er travail lui-même ; deux tomes auraient sans doute mieux convenu). Du coup, l’ambiance pâtit un peu de ce rythme trop rapide.
Le monde présenté est cynique et vide de tout espoir, très informatisé mais un peu crasseux, proche d’un univers cyberpunk. Hercule lui-même n’est pas si fort que cela et on le voit se faire une injection avant d’affronter la bête (pour se doper vraisemblablement). Il le dit lui-même, sa légende est surfaite et cela s’inscrit dans une mouvance actuelle qui humanise les héros, les rend faillible [2]. D’ailleurs, les planches dans leur ensemble assez sombres accentuent cet aspect dépressif. Hercule cherche la rédemption et il ne la trouvera qu’en plongeant au plus profond de l’abîme.

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Hercule (T.1) – Planche 4

Un mot concernant les différents peuples de l’univers.
Les dieux sont les Axiomatikos, nom qui leur sied plutôt bien [3]. Ils sont surtout désignés comme des Officiers, visiblement des militaires. On en entend juste parler sans en croiser un seul (Junon n’apparaît que furtivement). Leur rôle est flou, même s’ils semblent diriger ce monde.
Les humains sont des Sklaves, terme transparent [4].
Hercule est lui un bâtard, mi-homme mi-dieu, appelé MerK. Ceci est plus difficile à analyser et il conviendrait de poser directement la question à Morvan, sachant que l’utilisation des majuscules n’est sans doute pas un hasard [5].

Et là où la BD va emprunter sa propre voie, c’est à travers un dialogue entre Hercule et l’extraterrestre qui contrôle le lion. Les humains sont maintenus dans l’ignorance et n’ont pas connaissance de l’existence des extraterrestres, à l’exception de ceux qui ont combattu aux confins de l’univers.
Pour quelle(s) raison(s) ce secret est-il maintenu ?
Une idée intéressante qui promet un fil rouge sur l’ensemble de la série qui ne sera donc pas une simple succession de loners, où le héros va affronter la « créature de la semaine » et où chaque tome sera interchangeable avec les autres [6]. Et c’est tant mieux.

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Hercule (T.1) – Planche 2

 

La bande-dessinée face au mythe

En lisant un ouvrage intitulé « Hercule », le lecteur s’interroge forcément sur son rapport au mythe originel. Les auteurs ont-ils suivi la voie tracée par leurs prédécesseurs grecs ou bien se sont-ils servis d’un personnage connu de tous pour construire une histoire complètement différente où les faits sont arrangés en fonction des besoins ?
En partant du principe qu’il s’agit d’une œuvre de science-fiction se déroulant dans un lointain futur, la réponse pourrait sembler évidente. Ce n’est pourtant pas le cas et une connaissance, même sommaire, du mythe d’Hercule aide à apprécier cette bande-dessinée.

Tout d’abord, il faut savoir qu’Héraclès (son nom grec) n’est pas un homme foncièrement sympathique. Il ne s’agit pas d’un héros au sens noble du terme, qui cherche à sauver la veuve et l’orphelin. Au contraire, il passe son temps à guerroyer et/ou à tuer des gens, soit pour de l’argent, soit pour des raisons personnelles (allant de la vengeance au simple agacement), parfois pour aider. Ses Travaux justement, lui sont en quelque sorte imposés et le but final est égoïste. Héraclès est violent et irritable dès son plus jeune âge [7] ; c’est une brute qui use volontiers de la force pour arriver à ses fins.
En ce sens, la BD est déjà plutôt fidèle, même s’il apparaît plus taciturne que réellement méprisable.

Ensuite, il convient de rappeler que résumer Héraclès à ses Douze Travaux est très réducteur ; il a vécu de très nombreuses aventures qui ont eu lieu avant, pendant ou après l’exécution des Travaux.

Le début de ce 1er tome, tout en proposant une adaptation, montre bien les raisons qui le poussent à s’engager dans la réalisation des Travaux.
De manière elliptique, on assiste à l’assassinat de sa famille, qu’il perpètre sous l’emprise d’Héra. Celle-ci le déteste car il est le fils de Zeus (son époux) et d’Alcmène, une mortelle. Tout au long de sa vie, la déesse n’aura ainsi de cesse de lui tendre des pièges.

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Hercule (T.1) – Planche 6

Ensuite, c’est bien l’Oracle qui lui dit de se rendre en Argolide chez le roi Eurysthée, qui est également son cousin. En vue d’expier son crime, il doit se mettre au service de cet homme peureux et jaloux de la gloire d’Héraclès. Eurysthée espère écorner sa gloire et même le tuer en lui proposant des défis impossibles à relever. Là où il existe une légère différence (est-elle volontaire de la part des auteurs ?), c’est qu’à l’origine, les Travaux sont au nombre de 10. Mais Héraclès se faisant aider pour vaincre l’Hydre de Lerne et payer pour nettoyer les écuries d’Augias, Eurysthée invalidera ces exploits et lui en commandera deux autres. Ici, son cousin lui annonce directement 12 missions.

Concernant le Lion qui fait régner la terreur à Némée (en Argolide), il est tout de même intéressant de préciser que celui-ci a été élevé par Héra. Peut-être cela sera-t-il mentionné dans des tomes futurs.
Particularité : sa peau est impénétrable. Raison pour laquelle le héros l’étourdit avec sa massue avant de l’étouffer à mains nues. Chose qui n’est guère respectée dans la BD.

 

Hormis quelques détails donc, la bande-dessinée s’avère assez fidèle à son ancêtre tout en proposant sa propre relecture. Ce qui donne un peu plus de cachet à l’œuvre de Morvan et Looky.

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Hercule (T.2) – Couverture

 

 

[1] Pour ceux qui comprennent l’anglais et s’intéressent aux techniques de réalisation, je vous invite à lire la très intéressante interview d’Olivier Thill réalisée par le site Pixologic. Vous y découvrirez notamment qu’en dehors des décors, pratiquement tout a été réalisé en 3D !

[2] Comme par exemple le film Hercule de Brett Ratner, avec Dwayne Johnson, qui exploite assez habilement ce filon et propose une autre vision de la légende : un Hercule mortel, mercenaire disposant de compagnons et que l’on ne voit jamais réaliser un seul de ses fameux travaux.

[3] Axomatique est l’adjectif dérivé du terme « axiome » qui désigne un postulat ou un principe évident qui n’a pas besoin d’être démontré. Ce qui sied plutôt bien à des dieux.

[4] Sklave signifie « esclave » en allemand.

[5] En hollandais, Merk désigne la marque, à la fois dans le sens commercial (enseigne) et dans le sens physique (empreinte). Faut-il y voir la marque des dieux ?

[6] D’ailleurs, il sera intéressant de voir comment les auteurs vont traiter le nettoyage des écuries d’Augias, seule épreuve où il n’affronte personne (humain, dieu ou animal).

[7] L’un de ses premiers « faits d’arme » consista à tuer son professeur de lyre en lui lançant l’instrument à la tête, alors que celui-ci le réprimandait.

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