Medaka Box

Débutée en 2009 au Japon, Medaka Box a connu l’honneur d’une adaptation animée en 2012, avec deux saisons à la clef. Suite à cette annonce, Tonkam flaire le bon coup et acquiert les droits pour une sortie VF du manga, amorcée entre les deux saisons.

Medaka-box-T1
Medaka-box-T1

 

Scénariste : NisiOisiN (NISHIO Ishin)

Dessinateur : AKATSUKI Akira

Nombre de Tomes : 22 tomes (terminée)

Catégorie : Shonen

 

Résumé

Fraîchement élue à la présidence du conseil des élèves, Medaka Kurokami met en place une boîte à réclamations, ouverte à tous, et promet d’accéder à n’importe quelle demande.

 

Critique

Médaka Box (sic) suit les aventures de Medaka Kurokami dont l’unique obsession est de mettre ses talents au service des autres. Elle désire que ses camarades soient heureux et pour ce faire, elle compte bien les débarrasser de leurs petits tracas. Mais comme personne ne lui arrive à la cheville, elle s’est décidée à occuper seule toutes les fonctions du conseil des élèves.
Nous nous trouvons en présence d’un personnage assez omnipotent puisque l’énergique Medaka possède tous les talents (sportifs, artistiques, psychologiques…), une intelligence hors norme, un physique enviable et ne se fatigue jamais. Cela fait beaucoup. Peut-être un peu trop d’ailleurs puisque dès le début, l’auteur fait dire à l’un de ses personnages que l’aura de la jeune fille écrase tout son entourage et que tout un chacun se sent ridicule lorsqu’il est mis en comparaison. Il y a un peu de cela en effet. Aucune énigme ne peut lui résister, aucune personne n’est capable de la duper. Du coup, la figure de Medaka ne déclenche guère d’émotion (on ne la trouve ni attachante, ni repoussante). Elle est juste là, telle une déesse qui observerait les humains avec un certain amusement. Un problème sur lequel je reviendrai plus loin.
Son côté supérieur mais pas hautain l’amène à une très grande franchise dans ses propos (normal) mais aussi à se promener en petite tenue (plus étrange). Parce que Medaka n’a pas honte de son corps et que la possibilité d’être reluquée par d’autres l’indiffère.

Medakabox-tomes 1, 4 et 8
Medakabox-tomes 1, 4 et 8

 

Le ecchi [1] c’est (très) bien. Mais il existe des moyens un peu plus « subtils » pour l’amener (si tant est que le ecchi puisse être subtil). Ici l’auteur ne semble même pas s’embarrasser à créer des situations qui amèneraient ses héroïnes à se dévêtir (Medaka se change, Medaka a chaud, Medaka… est juste en sous-vêtements). Un peu racoleur tout de même.

Du coup, pour compenser cette perfection, l’auteur lui a adjointe un acolyte « normal » : Zenkichi Hitoyoshi. Ami d’enfance, il est impliqué contre son gré dans les frasques de Medaka et se retrouve souvent en mauvaise posture. Du (très) classique en somme.
Zenkichi sert de référent au lecteur. C’est souvent lui que nous suivons au cours du volume. Par moments, une voice over commente les évènements ou narre le passé. Cette relation entre une fille excentrique et un type normal dont on connaît les pensées n’est pas sans rappeler la relation Haruhi/Kyon [2]. Malgré tout, le personnage est attachant, parce que lui doit fournir des efforts pour réussir ce qu’il entreprend. De plus, on sent bien qu’il se voile lui-même la face quant à la réalité de ses sentiments. Medaka est sans doute plus qu’une amie, mais lui-même refuse de se l’avouer (par peur d’un rejet, semble-t-il). Ne serait-ce que par ce côté, Zenkichi est le personnage le plus intéressant de ce manga.

Ajoutons à cela deux personnages secondaires.
Hansode Shiranui fait office de joyeux luron. Elle n’est là que pour les blagues et les allusions (allusions en majorité dirigées vers la « relation » qu’entretiennent Medaka et Zenkichi). Personnage sympathique et amusant, mais a priori sans envergure.
Kôki Akune est le prétendant. Medaka veut aider les autres ; lui veut Medaka. Point. Toute son existante et ses agissements sont dirigés vers cet uniquement but. Il veut plaire à la belle, qui n’en a cure. Bien entendu, Kôki et Zenkichi se détestent.

 

Les différents chapitres sont bâtis en général de la même façon : un élève a déposé une requête dans la fameuse boîte et il faut trouver un moyen de résoudre le problème. Le rythme est soutenu, aidé en cela part un schéma simple : 1 chapitre = 1 affaire (même si ce schéma est déjà brisé dans le premier tome). Un choix efficace, avec tous les avantages et inconvénients que cela comporte, notamment le fait que les soucis sont vite résolus (comme dans les formula show américains, type CSI/NCIS, où toutes les enquêtes trouvent résolution à la fin de l’épisode). C’est une bonne manière d’introduire une œuvre, même si je suis plus sceptique sur la durée.
La résolution des requêtes est parfois un peu loufoques, irréalistes. Medaka Box joue la surenchère et ne fait pas dans la finesse et la psychologie. Le ton est donné, sans ambiguïté. À chacun de décider si ce genre d’ambiance lui convient ; personnellement, ce n’est pas ma tasse de thé.

Le dessin est agréable et détaillé. Les décors sont parfois un peu sommaires, mais cela peut s’expliquer par un manque d’assistants [3]. Rien de grave, le visuel est conforme aux canons du manga et fonctionne très bien.

Ces éléments posés, le premier tome affiche clairement les limites du manga.
Medaka est parfaite en tout et réussit tout ; en combinant les compétences de tous les élèves du lycée, pas sûr qu’on puisse l’égaler. Donc suivre les aventures d’une personne dont on sait qu’elle va toujours réussir peut vite devenir ennuyeux. Sur un tome, cela passe, mais sur 22 ? Du coup, le lecteur est en attente de l’échec. Il est à espérer que cela apparaîtra dans les volumes suivant. Le preview du T.2 montre l’apparition d’ennemis (le club des moeurs) ; cela sera-t-il suffisant ? Pas sûr. Car il existe un risque de surenchère, avec des opposants qui cherchent à surpasser la parfaite Medaka, ou à lui mettre des bâtons dans les roues. Or ce qui peut permettre à la série de se développer, c’est de découvrir une héroïne humaine, qui possède des failles et peut échouer.

La relation entre les deux héros est elle assez prévisible. À moins d’une énorme surprise, il est évident que Medaka et Zenkichi sont destinés l’un à l’autre. D’autant que Shiranui en rajoute une couche avec ses allusions régulières et que le prétendant, Kôki, n’apparaît pas comme un concurrent crédible.
Là aussi, le suspense semble faible, de même que les situations à venir. Par exemple, Nekomi Nabeshima, du club de judo, a décidé de mettre le grappin sur Zenkichi et va se heurter à Medaka (même si celle-ci fait semblant de ne pas s’en préoccuper). Bien que cela soit évident, cette promesse de conflit est surlignée par les allusions de Nekomi. Pareil pour Kôki, qui a bien intégré que Zenkichi et lui étaient rivaux.
Alors certes, cette critique ne repose que sur le premier volume et tout ceci peut très bien évoluer. Mais un premier tome pose en général les bases de ce que sera la suite. Et comme la subtilité ne semble pas être le principal atout de la série…

Retour aussi sur les fameuses requêtes. Au menu : virer des délinquants qui occupent le dojo, trouver qui harcèle une sprinteuse, capturer un chien errant et agressif, trouver un nouveau président pour le club de judo. Des demandes simples mais crédibles de la part de lycéens. Or, le côté résolution lui ne l’est pas du tout.

 

<SPOILERS>

Comment croire que Medaka puisse massacrer les délinquants, battre les sprinteuses à la course (avec en prime un saut périlleux par-dessus pour les dépasser…) et vaincre les meilleurs judokas du club ?
On ne peut pas, oui, c’est bien ça…

</SPOILERS>

 

Du coup, il faut prendre ce manga comme une bonne grosse blague. Peut-être aussi l’âge du lecteur compte-t-il, et qu’à partir de 16-18 ans (âge du lycée pourtant) celui-ci ne peut plus se satisfaire de choses aussi simplistes. Mais le manga étant conseillé « + 12 ans » (pas mal de ecchi quand même), cela laisse une faible marge de manœuvre au niveau du public cible.

 

En conclusion, un manga agréable à lire, rythmé et délirant, mais qui ne semble pas destiné à aller au-delà du simple divertissement calibré. Vite lu, vite oublié.
Néanmoins, la lecture d’un ou deux volumes supplémentaires permettra de se faire une meilleure idée. Car cette faiblesse au niveau du scénario et des personnages est pour le moins étrange venant de Nisioisin, auteur de la remarquable série Monogatari, dont les romans ont été adaptés dans une non moins remarquable série animée.
À suivre donc…

 

 

medakabox_bouteille
Goodie offert par Tonkam (Japan Expo 2012)

 

 

 

[1] Ecchi : indécent, pervers. Regroupe tout ce qui concerne les petites culottes, décolletés, minijupes, postures aguichantes et autres propos à connotation sexuelle très présent dans les mangas. Le ecchi est différent de l’érotisme et est d’ailleurs souvent mêlé à de la comédie. En ce sens, je traduirais plutôt le terme ecchi par « grivois ».

[2] Dans Suzumiya Haruhi no Yuutsu / La Mélancholie de Haruhi Suzumiya

[3] Les petites mains qui s’occupent de dessiner décors, accessoires et personnages secondaires. Un mangaka doit, en général, rendre un chapitre par semaine. Sans l’aide d’assistants, il doit tout faire lui-même et par conséquent faire l’impasse sur certains éléments (souvent les décors d’ailleurs).

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