Sigurd & Vigdis (T.1) (Loiselet & Blary)

 

Une légende des steppes d’Asie centrale raconte les exploits d’un couple étranger, un héros échappé du Valhalla avec sa valkyrie. Ils auraient créé un royaume éphémère après avoir été plus loin à l’Est qu’aucun Viking avant eux. De leur rencontre à la fin de leur périple, les amants terribles, Sigurd et Vigdis, écrivirent leur propre légende à la pointe de l’épée…

Sigurd & Vigdis T.1 (de Loiselet et Blary) - couverture
Sigurd & Vigdis T.1 (de Loiselet et Blary) – couverture

Scénariste : Hervé Loiselet
Dessinateur : Benoît Blary
Éditeur :  Le Lombard (2 tomes)

 

Critique 

La première chose qui marque en ouvrant cette BD, c’est le graphisme. Forcément. Si le trait est (trop ?) fin et précis, la couleur elle, apparaît peinte, ne respectant pas forcément la zone dans laquelle elle est sensée se trouver, et mordant volontiers chez sa voisine. Chaque case pourrait ainsi faire penser à un tableau. Mais ce qui ressort, c’est le côté inachevé. En effet, le dessin n’est pas ancré et ressemble dès lors plus à un travail préparatoire qu’à quelque chose de définitif, presque plus proche du storyboard que de la bande dessinée classique. Après, chacun ira de sa sensibilité vis-à-vis de ce coup de crayon, mais personnellement, je n’ai pas accroché, car le côté brut (comme si l’auteur s’était arrêté à mi-chemin) m’a très vite et tout du long indisposé. Surtout qu’au-delà du dessin lui-même, la construction de certaines cases s’avère obscure et il faut parfois attendre d’avoir parcouru les suivantes pour comprendre sa signification. Une réelle volonté de dérouter le lecteur ? Je pencherais plutôt pour un simple problème de choix du contenu et du point de vue.

Sigurd & Vigdis T.1 (de Loiselet et Blary) - planche
Sigurd & Vigdis T.1 (de Loiselet et Blary) – planche

 

Alors forcément, une BD dont le dessin n’accroche pas le lecteur part avec un handicap que le scénario se doit de combler. Or, là aussi, le bas blesse. Et fortement.

La personne qui m’a prêté cet ouvrage m’avait prévenu que c’était un peu « bizarre » et qu’elle souhaitait avoir mon avis sur la question. Car je suis plutôt friand de trucs « bizarres ». Mais ici, point de bizarrerie, d’étrangeté, d’intrigue métaphysique ou de narration laissant la part belle à l’imaginaire du lecteur.

Le point de départ est un mythe, qui voudrait que les Vikings (ou plutôt les Varègues) soient parvenus jusqu’en Chine. Même si aucune preuve n’existe qu’ils soient jamais allés plus loin que l’Afghanistan, cette hypothèse constitue une bonne accroche et offre de bonnes perspectives d’intrigue.
Cependant, le récit est (très) long à démarrer et tourne principalement autour de la vengeance d’un homme, Sigurd. Celui-ci a intégré le corps des Jomvikings (corps d’élite) et est devenu l’un de ses meilleurs éléments. Mais lorsqu’il apprend le massacre de son clan par d’autres vikings, il se lance en quête de vengeance, seul, et poursuivi par les Jomvikings qui ne cautionnent pas ses agissements. La trame enchaîne séquences dialoguées et scènes de combats, sans pour autant parvenir à gagner en rythme. Même lorsque les auteurs s’autorisent un « montage parallèle » (pour employer un terme cinématographique), la lecture demeure confuse. De fait, l’ensemble reste assez mou, tout du long. Je n’ai aucun problème avec les œuvres qui prennent leur temps, mais ici on attend sans cesse que cela démarre, bien qu’il se passe des choses. Mais si je dis long, c’est aussi et surtout parce qu’à la fin de ce premier tome, Sigurd et Vigdis n’ont absolument pas entamé de voyage vers l’est. Or cette saga ne compte que deux tomes et le sentiment que toute cette histoire sera bâclée est palpable. D’autant que l’intrigue est mal construite : on s’étale sur certains passages tandis que des ellipses nous en font franchir d’autres, sans que l’on puisse y trouver une logique quelconque.

Les personnages sont malheureusement à l’image du reste. Sigurd est dépeint comme un guerrier sans peur et sans reproches, ne vivant que pour l’honneur ; mais ce trait de caractère en fait aussi et surtout quelqu’un de creux car de toute l’histoire, on ne le voit que se battre : il attaque un village, il se bat en duel, il attaque encore, puis encore et enfin se défend lors d’une bataille menée contre lui. Tout juste passe-t-il quelques temps dans une geôle, où il rencontre Vigdis. Celle-ci cherche avant tout à échapper à son père et à un mariage. Louables intentions, mais elle apparaît au final comme une manipulatrice cherchant avant tout à parvenir à ses fins, alors que quelques bribes laissent à penser qu’ils sont amoureux l’un de l’autre (même s’ils viennent de se rencontrer et qu’ils sont devenus alliés par but commun). La faute là encore au dessin : le visage de Vigdis n’inspire jamais la confiance, mais plutôt la méfiance, comme si elle préparait un sale tour. L’empathie est donc très difficile et contribue à nous sortir de l’histoire.

 

Une très bonne idée plombée par une constructive narrative bancale et un dessin peu à mon goût. L’adjectif qui semble le mieux lui aller est « inabouti » : le scénario, les personnages et le dessin correspondent parfaitement à cet adjectif. On a ainsi l’impression d’avoir entre les mains plus un prototype, une ébauche, que l’œuvre réellement terminée.

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